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Culture Québecoise" de la FNAC.
C’est quelques jours avant la sortie de son dernier album « Sentiments humains » et de sa série de concerts à la Boule Noire de Paris que Pierre Lapointe m’a accordée un entretien. Vous découvrirez dans cette interview un artiste créatif, audacieux et un homme passionnant, fidèle à ses collaborateurs, sympathique. Pierre Lapointe se dévoile. Merci à lui pour cette rencontre intense. Votre troisième album « Sentiments humains » va sortir dans quelques jours en France et allez entamer une série de concerts à la Boule Noire pendant 3 semaines. Dans quel état d’esprit êtes-vous ? Je suis très content parce que dans les quelques papiers qui sont sortis ici, les journalistes résument mieux ce que l'on a voulu faire, les gens de la réalisation et moi, que les journalistes québécois. C'est des gens à qui je n'ai pas parlé en plus ; ils ont juste écouté l'album. Au Québec, les journalistes connaissent Pierre Lapointe et je fais parti du décor. J'ai l'impression qu'en arrivant ici, les gens qui écoutent mon travail ont une oreille complètement neuve. Ca me fait plaisir. On laisse nos vies de côté au Québec pour être ici mais en même temps, il y a quelque chose de bien. Je suis quand même à Paris, je rencontre des nouvelles personnes tous les jours. Je suis dans un contexte très stimulant. Maintenant la période des spectacles je ne dis pas que je ne l'appréhende pas mais je sais que cela va être très exigeant. Le cd sort la même journée que la première. On répète la veille et j'ai de la promo par dessus la tête. Pour l'instant, c'est assez calme mais cela va s'amplifier. C'est pour cela que je m'entraîne, je fais mon jogging tous les jours, je mange bien, je me couche tôt, je ne bois pas d'alcool voilà ce qu'est rendu ma vie. C'est très exigeant comme métier et de faire un condensé comme ça, ça l'est aussi. En même temps, j'ai déjà fait pire. Je sais donc que je suis capable de passer au travers. Quand on sort d'une période comme ça où on chante tous les jours, on acquiert une voix très solide, on a une assurance sur scène qui n'est pas facile à atteindre sinon. C'est très motivant surtout que c'est dans une petite salle et ça fait une éternité que l'on n'a pas joué dans une petite salle. J'ai très hâte et suis très content d'être ici.
Vous concevez vos albums à partir de spectacle. Pouvez-vous nous dire comment s’est passée la conception de « Sentiments humains » ? Ca vient de Mutantès, une expérience scénique qui était très très esthétique qui ne racontait pas d'histoire comme l'album ne raconte pas d'histoire mais à la fin, en fin de compte, les morceaux finissent par se rejoindre les uns les autres parce qu'il y a un champ lexical cohérent. J'ai écrit les chansons dans une période très très courte. Tout est cohérent mais chaque titre peut vivre indépendamment des autres. Mais ça a été une création assez éprouvante. Ca a été beaucoup beaucoup de pression. On a fait le spectacle devant 20 000 personnes en 8 soirs devant des salles de 3 000 personnes. J’ai fait un show expérimental à grand déploiement et à grand budget dans un contexte de chanson pop. Avant de faire le show, une semaine avant, on venait juste d'avoir les costumes, on finissait la mise en scène finale et je faisais en même temps la une de tous les journaux. Je disais aux musiciens : j'ai jamais vu ça. Ils m'ont répondu : ben non c'est parce qu'il s'est jamais fait un show comme ça. Et je les ai regardé et leur ai dit : eh bien à partir de maintenant, j'ai plus de plaisir. (Rires). Il y a eu trop de pression. J'étais dans un drôle d'état mais en même temps j'ai compris physiquement, humainement et professionnellement des choses à une vitesse. J'étais en jet là, carrément. Ca a été pour l'album très très profitable. Ce que j'espérais qui se passe s'est passé, c'est à dire que je me suis approprié les chansons. J'ai eu le temps de les vivre, de les comprendre, de les assimiler, de les trouver banales ce qui est très très bon quand on est interprète parce que ça veut dire que ca devient comme une deuxième nature. J'ai arrêté d'analyser les chansons, je les ai chantées et je crois que, sur l'album, ça s'entend. Ca a été donc quand même assez éprouvant. C'est quand même beaucoup de pression. J'ai commencé à m'entraîner 6 mois avant justement car quand je suis stressé je sais que je perds du poids et que je n'ai plus que la peau et les os. Je me suis musclé un peu pour essayer de contrer ça. J'avais très très peur de tomber malade. Ca a été très exigeant car c'est un spectacle où je courrais d'un côté à l'autre de la scène, sans arrêt. J'avais peur. Tout le monde m'attendait avec la hache en pensant, si c'est mauvais on lui rentre dedans. Je ne me suis pas fait rentrer dedans. Certaines personnes ont dit mais qu'est-ce que c'est que ça et d'autres ont crié au génie. Je ne voulais pas faire un show moyen, je voulais que les gens soient dans un extrême ou l'autre. C'est ce qui est arrivé. (Rires)
Vous aviez fait déjà des grands shows, l'année d'avant avec 80 musiciens. Oui avec l'orchestre métropolitain du grand Montréal devant 100 000 personnes.
C'était moins stressant pour vous. C'était autre chose parce que j'ai pas eu le temps de voir la pression monter. Et puis les 100 000 personnes je ne savais qu'elles allaient être là. J'appelais ma sœur pour lui demander s'il y avait des gens parce que j'étais stressé. On n'avait pas fait le spectacle du début à la fin une seule fois et on n'avait pas joué le spectacle sur scène. C'était un show extérieur. S'il pleuvait, il y avait une émission de radio, une émission de télé, un cd, et le spectacle de fermeture des Francos qui tombaient à l'eau. C'était très stressant et puis moi j'ai focussé sur le nombre de gens. Je n'arrêtais pas d'appeler ma sœur qui était dans la foule pour lui demander s'il y avait du monde. Elle me disait : je pense que oui. Je ne sais pas je suis dans la foule et j'ai pas assez de recul. J'étais dans une chambre d'hôtel qui donnait sur la place mais je ne voulais pas regarder. Quand je suis arrivé sur scène, quand j'ai vu cette foule, je me suis dit waouh ! Je ne sais pas si c'est moi mais j'ai jamais vu autant de monde aux Francos. Là je me suis dit : allez, abandonne toi au plaisir et ça s'est super bien passé. J'étais comme un poisson dans l'eau littéralement. Justement ca s'est super bien passé parce que les gens n'avaient pas d'attente. Pour Mutantés, les attentes étaient très disproportionnées. C'est ça le danger ; plus t'en donne, plus on en veut. Robert Charlebois l'a très bien chanté dans sa chanson "ordinaire". Et c'est vrai. On fait des choses de plus en plus grandes et on a du mal à respirer. Ca me nourrit aussi. (Rires)
Vos albums sont assez mélancoliques. Est-ce volontaire ou l’inspiration ne vous vient-elle que dans des couleurs sombres ? C'est l'inspiration qui me vient comme çà. Je pense que je suis quelqu’un d'assez mélancolique mais pas dans la vie de tous les jours. Je pense que profondément je suis fondé comme ça. Sur les autres albums, j'essayais de déguiser çà, prendre une chanson triste et la rendre très joyeuse comme "deux par deux rassemblés". Si on prend le texte et on la fait piano-voix ou guitare-voix, on s'aperçoit que le texte est lourd. J'ai déguisé ça pour faire quelque chose de drôle. J'ai accentué ça quand on a fait le clip. Pour la première fois, pour cet album, je l'ai assumé. (Rires) Je me suis dit allez hop, c'est ce que je fais, je pourrais faire n'importe quoi, c'est toujours comme ça que ça sort, je ne me changerai pas. Les chansons tristes, moi j'aime ça.
La chanson française est mélancolique par nature. Oui exactement. Brigitte Fontaine : ses plus beaux textes sont très mélancoliques. Barbara aussi. Les plus belles chansons de Gainsbourg que ce soit "dépression au dessus d'un jardin" ou "la valse de Melody Nelson", c'est pour moi les plus grandes chansons qu'il ait faites. Si c'est pas triste je ne sais ce que c'est "dépression au dessus d'un jardin". L'image est tellement belle, tellement belle. C'est très riche. Ecrire des chansons joyeuses ce n'est pas ce qui me vient spontanément.
Pouvez-vous nous parler de vos complices de toujours et notamment Philippe Brault ? Il y a aussi Josiane Hébert, Guido Del Fabro, mes musiciens
Pour Philippe Brault, je cherchais un arrangeur pour mes spectacles. J'avais passé plein de coup de téléphone. Et Philippe était avec nous en tournée. Il m'a fait écouter des trucs électro-clash qu'il avait fait pour une fête, une blague pour une amie à lui. Je me suis dit si c'est seulement pour une blague qu'il fait des trucs comme çà alors quand tu travailles avec lui ça doit être magnifique. Je lui ai donné ce travail, la responsabilité de faire ça alors qu'il n'avait jamais vraiment fait ça et il a assuré. La preuve c'est qu'il est devenu un réalisateur très respecté au Québec. Il a participé à tous mes projets et à d'autres. Pour Geneviève Lizotte, ma metteuse en scène, c'est pareil. C'est une fille avec qui j'étudiais à l'école de théâtre. Elle n'avait jamais vraiment eu de contrats avant. Je lui ai donné ses premiers contrats. En l'espace de 3 ans, elle en est venue à faire les décors d'un des plus grands théâtres du Québec. Je suis chanceux. J'ai l'impression que, sans m'en rendre compte, j'ai l'air d'avoir un pif assez bon. Et puis je tombe sur des gens avec qui humainement c'est très très fort. Je suis d'ailleurs très fidèle que ce soient avec mes musiciens mais aussi mon gérant, mon impresario. Pour moi, c'est très très important car si je veux éclore, si je veux grandir, il faut que je sois à l'aise, que je sois dans un contexte où j'ai des gens que j'aime autour de moi. Il faut que je me sente aimé par ces gens-là ; quand je dis aimé : ces gens ils sont là depuis tellement longtemps qu'ils ne sont pas là à me flatter. Il y a des artistes qui aiment ça, s'entourer de gens qui leur disent qu'ils sont beaux, qu'ils sont les meilleurs. Moi ce n'est pas le cas du tout. J'ai une équipe très, très stable. Pour Philippe Brault par exemple, qui est vraiment mon associé par rapport au son, mon réalisateur, mon arrangeur, j'ai une confiance aveugle par rapport à ce qu'il va me proposer. On a énormément de discussions et on est souvent ensemble. Je lui parle tellement de mes projets petit à petit. Il est tellement au courant de ce qui se passe dans ma tête qu'au moment où il me suggère quelque chose, c'est souvent exactement ça. C'est un passionné de musique. Il écoute pleins de choses. C'est drôle parce que c'est la seule personne avec qui j'ai accroché sur les mêmes trucs, en même temps. Il a une attirance pour les trucs fins pas nécessairement accessibles. Comme j'écris des trucs simples, j'aime bien avoir, à mes côtes, quelqu'un qui est complexe dans ses choix et qui est exigeant. Quand mon travail passe entre ses mains, dans sa petite usine, ça devient ... Ca donne de la richesse et ça c'est très très précieux. Je ne sais pas combien de temps encore on va travailler ensemble, on sait bien que ca ne va pas durer toute la vie. A un moment, il va falloir aller voir autre chose, ailleurs l'un et l'autre. Pour l'instant, c'est très très fort.
Vous avez écrit pour d’autres. Est-ce vous qui avez proposé vos chansons ou l’inverse ? Pourquoi avoir proposé ou accepté ces projets ? Stéphanie Lapointe
Stéphanie c'est elle qui est venue me voir. J'avais un début de chanson "une fleur" qui trainait. J'avais commencé ça avec Philippe B justement quand on était en tournée en France. Quand on a 4 jours, on ne retourne pas chez nous. Moi j'ai beaucoup de difficulté à être dans une ville quand ça fait déjà plusieurs semaines que je suis parti, loin de ma vie de Montréal. Je trouve ça long. Je me suis fâché, j'étais choqué. J'en ai profité pour écrire des chansons mais je ne trouvais pas la stimulation. Comme je n'avais pas de piano, j'ai fait appel à Philippe B. Cette chanson n'était pas pour moi. Quand on l'a fait écouter à Philippe Brault, il nous a dit que ça irait bien à Stéphanie Lapointe. Un an après Stéph m'appelle. Elle voulait que je lui écrive une chanson. Je lui ai dit ok, il faut que j'en parle aux musiciens. Philippe Brault m'a dit pourquoi vous ne finissez pas la chanson que vous aviez commencée, elle est pour elle. Après ça, on a écouté le résultat de ce qu'elle avait fait en général. Il lui manquait une chanson avec une gimmick comme vous dites ici. J'avais une vieille mélodie qui traînait. On lui a suggéré et elle a apprécié le résultat. C'est elle qui a été à l'initiative. Moi ça ne me pose pas de problème, à partir du moment où je suis stimulé par la rencontre. Et puis avec Philippe B, c'est très facile de se mettre dans un contexte comme celui-là. On se répond très bien, on se renvoi la balle. C'est quelqu'un que j'aime profondément.
Calogero C'est lui aussi qui m'a demandé une chanson. J'avais une chanson mais je me suis dit : est-ce que Calogero va accepter un texte comme ça. Je n'étais pas sûr. Et puis finalement, il l'a prise. Il a retravaillé la musique. C'est une chanson que j'avais écrit pour quelqu'un d'autre au départ (dont je tairais le nom) et qui ne l'avait pas accepté. Je l'ai chantée en spectacle mais je n'ai pu eu envie de la chanter plus que ça car je trouvais qu'elle ne rentrait pas dans le répertoire Je l'ai faite en show, les gens en ont parlé beaucoup. Et puis Calogero l'a acceptée. Il en a fait une belle version. J'aimais beaucoup l'idée de la collaboration.
Vous avez fait des études en arts plastiques et dramatiques. Oui
Pouvez-vous nous dire en quoi ces arts influencent-ils votre musique ? En tout. Si je fais un show. Mutantès en est l'exemple. Même pour la pochette, je pense à ça. Mon clip "je reviendrais" semble très superficiel. Les gens disaient : ouais une bande de jeunes bien habillés, qui sont beaux qui posent bien devant une caméra, moi ça m'énerve. C'est quoi ce truc là. Moi je veux une grosse là-dedans. Je veux pas juste des filles maigres comme des clous. Moi, je riais parce que de mon côté, je voulais des gens qui soient beaux, charismatiques, qui soient habillés à la dernière mode. Je veux que des jeunes de 14 ans se disent : moi je veux ressembler à ce gars là, et puis je veux coucher avec ces filles là. Je voulais éveiller les fantasmes de tout le monde. C'est une chanson qui parle de la mort, une chanson très lourde. J'avais envie de donner une image qui soit attirante. Est-ce qu'on a déjà vu une pub de mode qui vous dit qu'on va tous mourir ? Ca s'est jamais vu. Dans ma tête, ce clip est très esthétique. A la limite, on pourrait le croire vide de sens mais il y a quelque chose dans les regards, il y a une tension. Il peut paraître superficiel à première vue mais il est très grave. Il dit : on est tous jeunes, on est tous beaux mais on va probablement tous mourir à 40 ans d'un cancer ou alors finir avec une couche au cul en étant Alzheimer. Et c'est vrai, on a beau être jeune, on n'a qu'à regarder les années folles. Moi, ça me fascine de regarder les photos des putes, des travellos, des chanteuses. Tout le monde est mort. Ils étaient au sommet de la gloire. C'étaient des gens charismatiques, très dynamiques, aussi réveillés et curieux que moi et ma bande de copains et ils ont tous fini morts, seuls dans un souvenir probable ou léger. Toutes ces réflexions là : de se dire mon projet serait de projeter telle image, de vouloir accentuer ce regard là, de choisir d'accentuer cette image là, mon instinct de directeur artistique, tout ça me vient des arts visuels. Quand je crée des chansons dans ma tête, je crée des tableaux avec un graphique très clair. Je sais que je vais mettre l'accent sur ce mot là. C'est un peu comme dans une toile de la renaissance où tout était codé. L'œil était attiré par un point de fuite, un drapé, un truc qui rappelait un symbole. C'est ce que je fais dans mes chansons et ça, ça vient carrément des arts visuels.
Vous avez créé un personnage sur scène, un peu imbu de lui-même. Est-ce par timidité ? Au départ oui. Je dirais même par maladie. Au début j'étais malade. J'étais sidéré de monter sur scène. Mon équipe pourrait vous le dire, ça fait à peine 5 ans que je suis capable de monter sur scène en faisant : ouah on va chanter. J'étais malade, malade, j’étais hors de moi et je souffrais. J'avais un rapport d'auto flagellation quand j'étais sur scène. Jusqu'à ce que à un moment je me dise que j'en ai assez de vivre comme ça et que je fasse un gros ménage dans ma vie que je me pose la question pourquoi je monte sur scène, pourquoi j'ai besoin d'aller là, ... J'ai trouvé les réponses. Tout cela a été très sain. Ca m'a aidé à grandir en tant qu'être humain. Oui c'est par grande timidité mais c'est aussi par désir de jeu, par conscience. C'est anormal d'être sur scène. C'est anormal de parler de mes projets pendant trois heures avec des gens. C'est anormal de parler de moi pendant trois heures. Quand je sors, je ne peux pas être dans une situation normale. J'amplifie ça pour envoyer un message très clair à mon cerveau : ce que tu vis n'est pas la normalité. Tu as une vraie vie quand tu laves tes toilettes, quand tu passe la serpillière sur ton plancher, quand tu es avec ta mère et que tu lui dis "oh tu m'énerves", c'est ça la réalité, la vraie vie, ça c'est normal. Quand tu es sur scène, ça ne l'est pas. Alors j'ai accentué ça. C'est pareil pour les vêtements. Je m'habille sur scène avec des vêtements que je ne mets pas dans la vie. C'est aussi par jeu dans le sens où je fais des chansons assez lourdes et que je suis très mélancolique dans mon propos. A un moment donné, il faut alléger un peu l'affaire. Rires. Quand les gens s'ouvrent en riant t'arrives avec une chanson triste et c'est comme un coup de poignard. C'est encore plus efficace. Je suis très machiavélique. Je ne prépare pas mes shows, les textes entre mes chansons. Je n'aime pas ça. J'arrive sur scène et je peux parler de ce que j'ai soupé le soir ou de conneries …
N’avez-vous pas peur que l’on assimile ce personnage à votre propre personnalité ? Ben oui. C'est encore vrai maintenant. Je suis très médiatisé au Québec. Je me suis retrouvé à avoir une image un peu inaccessible. Quand il m'arrive de souper avec des amis d'amis ou de me retrouver avec des journalistes ou des équipes de prod ; j'ai eu des commentaires par exemple des producteurs délégués qu'on avait engagés, ils m'ont dit : d'un qu'ils avaient jamais fait un gros show comme ça et de deux qu'ils n'avaient jamais eu d'aussi bons rapports humains avec une équipe. La phrase que j'entends souvent est : je ne pensais pas que t'étais drôle ou je ne pensais pas que t'étais fin comme ça (sympathique en québécois). Ma réponse c'est : ben non ! Tu m'as jamais parlé, tu m'as jamais connu vraiment ! Je projette une image en tout cas chez nous : les gens me vouvoient, me disent monsieur Lapointe, on regarde Pierre Lapointe avec une certaine gêne parce qu'il y a quand même un mur qui est là et on ne sait pas quel genre de gars c'est, s'il est vraiment chiant ou s'il est vraiment gentil. Je peux avoir l'air hautain dans ma façon de m'habiller. Je regarde beaucoup de trucs de mode et j'aime bien ça m'habiller. Quand je vais citer un artiste, ce ne sera pas nécessairement Britney Spears, quelqu'un de connu. Ca va être des artistes en arts visuels très très pointus. Tu cites quelqu'un comme Robert Wilson. Dans le milieu de théâtre, oh oui Robert Wilson, il est très connu. Quand tu sors de ce milieu là, personne ne le connait. J'ai l'impression de toucher à ce genre de milieu là. Pour des gens qui n'ont pas de culture, ça parait hautain. Au contraire, je suis très très curieux, je suis super ouvert. Je pense même que je suis plus ouvert que la plupart des gens. Je vais vers les autres. Déjà adolescent, je projetais cette image mais personne dans mes amis, dans ma famille n'est universitaire. Personne dans mon entourage n'est à un emploi haut placé ou a de l'argent à n'en plus finir, personne. Les gens qui me sont le plus cher dans la vie, c'est les gens dont je suis le plus proche, c'est les gens avec qui j'ai les plus beaux moments. Si j'étais hautain, je dirais tout le contraire, j'aurais du mépris pour les gens et puis je ne parlerais plus aux gens qui ne sont pas du même milieu que moi. En même temps, ça moi je le sais et le reste je m'en fou. C'est vrai je projette une certaine image mais ça me protège aussi.
C’est quoi le Québec pour vous aujourd’hui ? Le plus bel endroit où vivre. Le coût de la vie est très peu élevé. Le Québec est très dynamique en art contemporain. Au Québec on se fou que tu sois juif, maghrébin, noir, blanc, asiatique, gay, on s'en fou. Il y a une espèce de liberté absolue pour tout le monde. Par rapport aux arts, au théâtre, à la danse, le Québec ça brasse et c'est riche. La musique a explosé depuis quelques temps. Les groupes ont la cote autant pour les groupes francophones que pour les groupes anglophones. Il y a de beaux et gros succès internationaux. On a une espèce de liberté très riche. Je le sens partout. Il y a des groupes de jeunes de 19-20 ans comme Mistaire Valère, la Patère Rose, Avec Pas d’casque, Gatineau. Je pense aussi à Karkwa, Ariane Moffatt, Dumas, Cowboys Fringants. Il n'y a personne comme eux. Mara Tremblay aussi qui vient de sortir un album hallucinant. Le travail de personne ressemble à celui des autres. On n'a qu'une chose en commun, c'est qu'on est libre. Et ça, c'est très très bien. Moi j'arrive avec mon accent normatif, Ariane Moffatt arrive avec ses beats un peu plus dub, reggae, Yann Perreau avec sa poésie et son rock. Sur scène Yann Perreau, c'est Jim Morrison...
Effectivement, moi je l'ai vu il y a quelques années et j'ai pris une grande claque ... Plus que sur disque encore, Yann Perreau sur scène, c'est ... Il y a aussi Catherine Major aussi avec sa poésie.
Je n'ai rien à dire sur le Québec à part que c'est un endroit très dynamique, extrêmement vivant. Et puis on entend des trucs différents comme Isabelle Boulay qui vient de sortir un album de country qui a cartonné au Québec ou comme moi. C'est pas grave d'écouter l'un ou l'autre ou les deux. C'est riche. C'est très sain. On est dans une belle période. Le Québec s'exporte comme jamais. Dans les années 60, le Québec s'est donné le droit d'avoir une identité qui ne ressemblait pas aux français, pas aux anglo-saxons. Aujourd'hui, il y a Céline Dion. Je ne suis pas fan de ce qu'elle fait mais elle a quand même une carrière. Elle parle trop de ses enfants. Bref. Ca a eu une portée énorme chez nous. Ca nous a donné le droit d'exister. Céline Dion et le Cirque du Soleil ont quand même investi Las Vegas. Et ils n'ont pas engagé que des grandes vedettes américaines pour faire le son ou l'éclairage. Moi, je connais plein de gens qui ont travaillé avec le Cirque du Soleil à Las Vegas. Le Cirque du Soleil a quand même réuni pour la première fois tous les héritiers de Beatles pour faire un show à Las Vegas avec un metteur en scène québécois qui faisait du théâtre expérimental. On est fiers. On se protège. On n'a pas l'impression qu'il faut nécessairement aller ailleurs pour trouver des gens. On les prend chez nous. On essaye d'aller ailleurs éclabousser de notre talent les autres. C'est ça aussi le Québec.
Est-ce que les français et françaises ont la même image du Québec que vous ? Je pense que ça dépend du milieu. Les gens qui écoutent beaucoup de musique ou qui ont beaucoup voyagé voient le Québec comme une nation comme les américains ou les canadiens anglais. Il y a toujours l'idée : c'est vous qui avez colonisé. Il y a un esprit colonialiste mais en même temps c'est normal nous aussi on vous considère comme des frères. On cherche l'approbation des français, on cherche l'approbation des américains. Il y a une espèce de curiosité par rapport au Québec. L'image que j'ai du Québec à travers les yeux des français c'est que le Québec est une nation très très vivante et les québécois sont des gens très chaleureux, qui ne se prennent pas la tête. Il y fait très très bon y vivre. J'ai des amis français qui sont venus au Québec pendant deux mois et ça fait maintenant cinq ans qu'ils y vivent.
Les français ont-ils conscience de la grande nouvelle scène québécoise ? Le succès de Cœur de Pirate ça a un impact, celui d'Arcade Fire, ça a un impact. Le fait que je sois venu en même temps avec Ariane Moffatt pour notre deuxième album, ça a eu un impact. Je pense que ce qui se passe à Montréal les gens le sentent à l'extérieur. Ils le sentent aux Etats-Unis, même au Japon. On sent par exemple que dans les pays scandinaves, il se passe quelque chose par rapport à la musique folk. Toutes les petites nations ont envie d'exister. Je ne pense qu'une nation va regarder l'autre en faisant puff ... au contraire. Pour les gens de ma génération, manger japonais, c'est devenu quelque chose de banal. Tout est devenu accessible. Ecouter un groupe japonais c'est aussi peu surprenant que d'écouter un groupe anglophone. On trouve sur Internet plein de choses, des trucs hallucinants.
Avez-vous des artistes québécois que vous aimeriez faire connaître aux lecteurs/lectrices du blog ? Avec pas d’casque
Ils font du folk avec une poésie absolument délicieuse.
J’ai rarement entendu quelque chose qui m'a ému autant.
Mot de la fin … Venez voir mon show. Rires
Achetez mon cd et venez faire un tour au Québec. Rires.